L’anticorrosion marine

16.10.2014

La lutte contre la corrosion est une préoccupation croissante des marines mais aussi des industries offshore et maritimes civiles. Dans le secteur de la défense, cela fait partie des conditions capitales permettant d’assurer la disponibilité des moyens de souveraineté des Etats en mer. Rencontre avec Nicolas Bocca, ingénieur spécialiste en revêtements et protection anticorrosion chez Naval Group.

La corrosion marine existe depuis les débuts de la construction navale. Aujourd’hui, comment faisons-nous face à cette problématique ?

article-anticorrosionUn navire est composé à 90 % d’acier. On estime à environ 25 % de la production d’acier mondiale détruite par la corrosion, soit 5 tonnes par seconde. Les coûts que la corrosion engendre se comptent en plusieurs dizaines de millions d’euros par an pour des marines de premier rang comme la marine française ou la marine américaine. En tant qu’industriel expert dans le domaine naval, nous sommes en permanence à la recherche des meilleures combinaisons coûts/efficacité pour nos clients, sans oublier la priorité environnementale.

Aujourd’hui, notre activité nous amène à répondre à une exigence stricte de protection de l’environnement. Depuis 2003, nous n’utilisons plus de tributylétains pour protéger les carènes des navires de la marine française suite à une interdiction par la directive de l’OMI en 1998.

« Lutter contre la corrosion exige à la fois une connaissance de l’environnement marin, du matériau et une maîtrise du revêtement. »

 

Comment mène-t-on à bien une action anticorrosion sur un navire ?

Dès sa conception, la lutte anticorrosion doit être prise en compte. Concevoir un navire disposant d’une protection anticorrosion de haute performance et avec un coût global de possession faible a des conséquences sur le design, la structure et le processus de construction. La connaissance de l’environnement et du profil d’utilisation qui sera fait du navire est primordiale pour faire le bon choix du matériau, du moyen de protection et des revêtements dont les peintures.

Le choix d’une peinture et de l’architecture d’un système de peinture se fait par rapport à sa fonction (anticorrosion, antistatique, antidérapant, conducteur, réflecteur radar, …), à sa durabilité visée, à ses caractéristiques de mise en œuvre.

Comme tout procédé spécial, l’application de peinture exige le respect d’une procédure dans sa totalité et une attention particulière doit être portée dès les opérations de préparation de surface, c’est-à-dire nettoyer cette surface de ses contaminants (sels, oxydes, poussières, etc.) grâce à un outillage spécifique afin de favoriser l’adhérence et la durée de vie du revêtement.

Enfin, pour les parties immergées si son usage est nécessaire, un autre moyen de protection, complémentaire des revêtements : la protection cathodique est appliquée qui vise à abaisser le potentiel de corrosion de la structure en acier vers son domaine d’immunité.

 

Comment le revêtement participe-t-il aux performances d’un navire ?

Certains systèmes de peinture ont des fonctions spécifiquement militaires : réflexion ou absorption radar, conducteur, antistatique, ou encore antidérapant sur les ponts d’envol. Le revêtement d’un pont d’envol de porte-avions doit, en plus de revêtir des propriétés d’anticorrosion exigeantes, absorber des chocs particulièrement importants sans être abrasif pour ne pas abîmer les brins d’arrêt. La zone de brins (zone de freinage) est donc entretenue chaque année. D’autres systèmes de peinture appliqués à l’intérieur des navires participent à la sécurité incendie du bâtiment comme les peintures intumescentes. Mais la fonction sans doute la plus connue sur un bateau, et peut être également la plus ancienne, est la fonction antifouling qui assure la propreté de la carène et par conséquent les performances hydrodynamiques de celle-ci.

 

Quel est l’avenir des revêtements dans le naval de défense ?

Les systèmes faisant l’objet du plus grand nombre d’études de R&D de la part des laboratoires et des entreprises sont les systèmes antifouling pour lesquels les efforts se concentrent sur la diminution de leur impact environnemental, c’est-à-dire la diminution des biocides utilisés dans la lutte contre le biofouling des coques.

Chez Naval Group, en lien étroit avec notre centre de recherche technologique Naval Group Research, nous menons des études visant l’amélioration et/ou la substitution, afin de répondre à la directive européenne REACH, des systèmes spécifiques aux navires armés.

Une veille constante est également réalisée sur les nouveaux moyens de préparation de surface plus respectueux de l’environnement.

Enfin, un axe de recherche porte sur les moyens d’expertise et d’instrumentation des navires afin d’anticiper les opérations de maintenance.

 

Les concepts

Système de peinture : la peinture est appliquée dans la majorité des cas en plusieurs couches, ces couches sont la plus part du temps composées de différents produits ayant des rôles spécifiques. Derrière la finition mate ou brillante et sa couleur, une protection anticorrosion est assurée par effet barrière ou par la présence de pigments dans le primaire en contact avec l’acier garantissant également l’adhésion au support. Nous utilisons une trentaine de peintures différentes pour un bâtiment de surface ou un sous-marin.

Biofouling : l’incrustation d’organismes marins sur une matière solide immergée dans un milieu aquatique.

REACH : Registration, Evaluation, Autorisation of Chemicals, règlement européen (règlement n°1907/2006) entré en vigueur en 2007 pour sécuriser la fabrication et l’utilisation des substances chimiques dans l’industrie européenne. Il s’agit de recenser, d’évaluer et de contrôler les substances chimiques fabriquées, importées, mises sur le marché européen. D’ici 2018, plus de 30 000 substances chimiques seront connues et leurs risques potentiels établis.