L’éco-conception navale

17.10.2014

Les marines du XXIè siècle exigent un niveau toujours plus haut de technicité et de performance. Comment intégrer le critère environnemental dans les critères de performance d’ensemble du navire ? Gaëlle Rousseau et Léonie Rolland* nous expliquent cette éco-révolution navale qui essaime dans les mentalités des industriels et des marines.

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La prise de conscience de la nécessaire réduction de l’impact environnemental des navires est-elle due uniquement à l’évolution de la réglementation ?

G.R : Face à la hausse constante du trafic maritime, la réglementation environnementale est de plus en plus stricte pour les navires depuis ces quarante dernières années afin de protéger nos côtes et nos océans. Même si les émissions de dioxyde de carbone des navires restent inférieures à celles des autres modes de transport, le transport maritime rejette trois fois plus de dioxyde de soufre que le transport routier (90% du transport mondial est maritime). Les navires militaires des pays membres de l’OTAN font toutefois figure d’exception dans ce paysage maritime en ayant recours à un gazole à faible teneur en soufre. Les principaux documents de référence sont extraits de l’Organisation Maritime Internationale dont la convention internationale pour la prévention de la pollution des mers par les navires : MARPOL (MARitime POLlution), complétée depuis 1973. Elle agit sur l’ensemble des pollutions émises par les rejets des navires (hydrocarbures, ordures, eaux usées et émissions gazeuses). En parallèle, notre Groupe s’engage dans une transition vers un nouveau modèle économique, l’économie circulaire, qui vise  à passer d’une démarche de réduction d’impact, à un modèle de création de valeur globale, en s’inspirant des écosystèmes naturels, et en minimisant l’épuisement des ressources.

L.R. : La forte incitation à l’intégration des enjeux environnementaux dans la conception navale ne s’explique pas uniquement par l’évolution de la réglementation mais aussi par une volonté politique à l’échelle de la France et une volonté du client. Car même si la performance opérationnelle reste primordiale, elle converge le plus souvent avec le respect de l’environnement.

« Convergence entre performance opérationnelle et respect de l’environnement »

En quoi la convergence entre opérabilité et éco-conception peut-elle être un argument pour les marines ?

L.R. : Il existe de nombreuses actions possibles et qui font appel à du bon sens, en voici quelques exemples : l’économie d’énergie favorise bien entendu une plus grande autonomie en mer et l’économie de matière une plus grande légèreté et portabilité. Mais aussi la réparabilité du produit, grâce à une robustesse accrue des solutions, facilite et réduit les coûts de maintenance. Et enfin, maîtriser la composition de nos produits permet d’apporter des outils et éléments pour prévoir une gestion en fin de vie.

G.R. : L’absence de substances proscrites par la réglementation permet tout simplement aux marines de prévenir les obsolescences de leurs matériels. Par ailleurs, la mise en place de matériels destinés à réduire des impacts environnementaux et à respecter les règles les plus strictes permet aux marines clientes de naviguer dans toutes les mers du monde sans aucune restriction, leur conférant un atout opérationnel. En traitant différentes problématiques, l’éco-conception, recouvre en réalité de multiples atouts opérationnels.

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Comment concevoir un navire écologique ?

G.R. : L’éco-conception est une approche qui a vocation à minimiser les impacts environnementaux générés par le produit, dès la phase de conception. Cette démarche, que nous déployons à travers des outils comme les Analyses de Cycle de Vie, permet d’éviter tout transfert de pollution dans les choix de conception et de proposer des produits et solutions tout en conservant les performances intrinsèques du navire. En effet, un produit est analysé sur l’ensemble de son cycle de vie, avec une approche multi-critères : de la fabrication à l’exploitation, de l’entretien jusqu’à la déconstruction. Les résultats sont concluants et permettent e réduire, à terme, le coût global de possession d’un navire.

L.R. : En matière de Recherche & Développement chez DCNS, les axes sur lesquels nous travaillons sont la réduction de la consommation énergétique, les performances de la propulsion (notamment par la recherche de traitement des oxydes d’azotes et des microparticules des moteurs), l’innovation sur des matériaux innovants, mais également la réduction des déchets en améliorant soit leur stockage (compacité et sécurité), soit leur traitement et leur valorisation. Pour prendre l’exemple de la frégate multimissions FREMM, celle-ci s’est vue ainsi appliquer intégralement la règlementation MARPOL 2010. L’ensemble des eaux usées est traité par une station d’épuration conçue et intégrée sur la plateforme et la consommation de gazole de la FREMM est inférieure de 20% à celle des frégates de génération précédente. C’est un réel progrès et ce n’est pas fini.

 

* Gaëlle Rousseau est Responsable Eco-conception, et Léonie Rolland Responsable Analyse Environnementale chez DCNS

Les concepts

  • L’Analyse de Cycle de Vie est une méthode d’évaluation environnementale qui permet d’évaluer les impacts du navire sur l’ensemble de son cycle de vie, depuis la conception jusqu’à sa déconstruction, en passant par la phase d’exploitation regroupant la navigation et la maintenance.
  • La pollution de l’eau recouvre la pollution des eaux de cale, eaux usées, ordures, eaux de ballast et les peintures anti-salissures.
  • Les émissions atmosphériques polluantes recouvrent principalement les émissions d’oxydes de soufre et d’azote (SOx et NOx) et les microparticules des moteurs.
  • Les peintures anti-salissures polluantes regroupent les traitements des coques des navires interdits en raison du transport d’organismes aquatiques hors de leur milieu ou d’un océan à l’autre provoquant ainsi l’introduction de pathogènes ou d’invasifs.

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