Intégration de drones sous-marins

30.10.2014

Ils pèsent moins de 2 tonnes et mesurent près de 6 mètres … Aux côtés des drones aériens, les drones sous-marins suscitent de plus en plus l’intérêt des marines. Moins visibles et moins médiatiques, leurs missions pourraient s’avérer cruciales dans les décennies à venir en démultipliant les capacités d’un sous-marin tout en confortant la sécurité des navires et de leurs équipages. Interview de Laurent Lugherini, Architecte systèmes drones sous-marins chez DCNS.

Laurent LugheriniA quels besoins des marines répond l’usage de drones sous-marins ?

La zone d’intervention des sous-marins se déplace de plus en plus vers les petits fonds, de quelques mètres à quelques dizaines de mètres de profondeur.

Ce sont des zones à haut risque où les sous-marins sont plus facilement détectables en raison des faibles contrastes de fonds et d’une vitesse nécessairement réduite à proximité des côtes, sans compter le risque accru de rencontrer des mines ou de se retrouver enfermé dans un environnement sans échappatoire possible.

Pour autant, les besoins en termes de renseignement militaire n’ont jamais été aussi importants au sein des Etats-majors et ces besoins se concentrent souvent sur les zones littorales. Or dans ces zones, le renseignement depuis un sous-marin présente de nombreux avantages. En effet, les moyens satellitaires sont le plus souvent intermittents et peuvent être contournés par l’adversaire s’il connaît la période d’orbite des ressources spatiales. Quant aux aéronefs à longue portée, ils sont à la fois rares, coûteux, repérables et peu disponibles pour un emploi immédiat. De plus, les couvertures nuageuses empêchent souvent les satellites et même les aéronefs d’accéder au renseignement.

Pour augmenter la capacité de renseignement en réduisant le risque, il faut doter le sous-marin de drones. Le sous-marin et son drone pourront effectuer des missions de surveillance en secret, avec un haut niveau de permanence, et dans la plupart des conditions météorologiques.

Les missions de renseignement d’un drone sous-marin sont extrêmement variées, de la levée de carte marine devant le sous-marin pour l’informer des risques à l’interception radio, l’observation des côtés ou encore la photographie à l’entrée d’un port. Les renseignements collectés sont complémentaires du renseignement par satellite. En situation de crise ou de manière ponctuelle, l’intervention d’un drone, précédant l’envoi de commandos sur un théâtre d’opération, permet également de mieux préparer la mission et de sécuriser la zone où seront déployées les forces terrestres.

« Disposer de drones sous-marins, c’est pouvoir doter les marines de nouveaux moyens d’information, et augmenter considérablement les chances de succès des interventions »

 

Quels avantages confèrent les drones aux sous-marins ?

Doter un sous-marin d’un drone, c’est d’abord augmenter sa zone d’action tout en évitant de mettre en danger la vie des équipages ou des forces spéciales. Le drone peut opérer en complète autonomie pour se déplacer et revenir de manière automatique vers le sous-marin tout en récoltant des données et en les communiquant en direct ou à chaque relève au système d’information du navire. En déployant un drone, un sous-marin peut réduire son temps d’immersion périscopique ou se placer à plus grande distance des menaces, et diminuer par conséquent sa vulnérabilité.

 

En quoi l’intégration de drones sur des sous-marins est-elle complexe à mettre en œuvre ?

L’un des enjeux technologiques de cette innovation est de pouvoir mettre en œuvre le déploiement et la récupération automatique du drone, le sous-marin étant en route et en immersion discrète. DCNS a créé une solution complète et innovante d’intégration de drone à bord d’un sous-marin et réalisé une première mondiale en Méditerranée dès 2013. Après avoir effectué les opérations de homing, en maîtrisant la trajectoire du drone pour son retour et son stockage le long du sous-marin, nos équipes ont conçu, réalisé et testé l’emploi d’un dock latéral (une variante consiste à l’installer sur le pont), pour à la fois recueillir le drone dans son alvéole le long du sous-marin, le stocker et le relancer.

Dans tous les cas, il s’agit d’ajouter un appendice qui nécessite de revoir l’hydrodynamisme du navire et de s’assurer que cela n’entame ni sa furtivité ni sa discrétion acoustique.

Déployer un drone, c’est également s’assurer que la charge utile opère en complète interaction avec le système d’information du navire, il faut donc relier deux systèmes complexes. Un drone, système de systèmes, comporte en effet un nombre important de senseurs utiles au renseignement et à la navigation (outils pour la guerre électronique, caméra vidéo, système de télécommunication, etc.) ainsi qu’un superviseur qui lui confère une reconfiguration de sa mission en réaction aux évènements extérieurs. Il faut en outre concevoir nos solutions pour qu’elles puissent faire l’objet d’ajouts de capacité sur des sous-marins déjà en service, ou d’une intégration du système complet dès le neuvage.

 

Concepts
Docking : action d’accueillir le drone et de le stocker dans son alvéole (dock).
Homing : action de guider et positionner le drone pour son retour et son stockage dans son alvéole le long du sous-marin.
Charge utile : équipement modulaire et interchangeable sur le drone sous-marin.
Hydrodynamisme navire : géométries du navire qui caractérisent sa pénétration dans l’eau et qui interviennent dans sa discrétion.

 

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