La dissuasion nucléaire, épisode 2 : le SNLE, une « œuvre de synthèse »

28.06.2017

Concepteur, maître d’œuvre et architecte d’ensemble des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) à tous les stades du cycle de vie des navires, DCNS développe des savoir-faire et des compétences critiques au sein d’un modèle économique marqué par de fortes contraintes liées au domaine de la dissuasion. Découvrez le deuxième épisode de notre synthèse de l’étude¹ publiée en octobre 2016 par la Fondation pour la recherche stratégique.

Le concept d’emploi du SNLE ne souffre ni incertitude ni remise en cause. Dès lors, sa conception et sa construction requièrent des compétences et des infrastructures industrielles bien spécifiques en raison de l’intégration du système d’arme de dissuasion, des performances d’exception attendues, des plus hautes exigences de fiabilité, de sécurité et de sûreté nucléaire armes/chaufferie.

À cela s’ajoutent la capacité à gérer des commandes limitées en volume, au tempo discontinu, et des contraintes induites par l’environnement secret défense. Ces principes ont façonné le modèle économique de DCNS fondé sur la maîtrise en interne des domaines les plus stratégiques et sensibles et le pilotage rigoureux de la sous-traitance composée de grands groupes industriels mais aussi de plusieurs centaines de PME.

Sortie du bassin du SNLE Le Triomphant à Brest le 14/04/2014

Savoir-faire et compétences critiques

Au sein de DCNS, une trentaine de domaines techniques abritent des compétences considérées comme critiques, depuis la conception jusqu’au démantèlement des SNLE en passant par les opérations de maintien en condition opérationnelle et de modernisation. Par exemple, celles liées à l’architecture et la mise en œuvre du système d’arme de dissuasion, au soudage/formage de l’acier pour coque résistante, au système de combat (sonar, système de direction de combat, furtivité, acoustique), à la sûreté nucléaire et à la sécurité pyrotechnique, sans oublier la maîtrise des interfaces physiques et fonctionnelles entre les systèmes.

Cette criticité est définie par un certain nombre de facteurs : spécificité technique, difficulté d’acquisition par une formation classique (initiale ou continue), poids de l’expérience dans la maîtrise de la compétence, rareté de cette maîtrise (peu de personnes dépositaires de la compétence et non disponibilité sur le marché de l’emploi), ou importance stratégique (proximité avec le cœur stratégique de l’entreprise).

Pour toutes les activités de conception, d’assemblage et d’intégration, de qualification et de réalisation des essais, DCNS s’appuie sur un vivier de spécialistes présents dans ses équipes sur ses différents sites, ainsi que dans ses centres de recherche, de qualification et d’essais (CETEC, DCNS Research) reconnus au niveau mondial. Or avec une moyenne de 15 ans entre chaque nouvelle génération de SNLE, le maintien et le développement de ces compétences supposent l’existence d’activités en continu et de projets impliquant les métiers en interne mais aussi les sous-traitants spécialisés pour éviter que les compétences ne s’étiolent, voire ne se perdent au fil du temps.

L’autre défi : la sécurité d’approvisionnement

Grands groupes industriels des secteurs mécanique, électrique et électronique, PME de toutes tailles à dominante civile ou militaire, opérations de fusion-acquisitions… Le profil de la base équipementière de DCNS a été largement modifié ces dernières années. Une réalité qui redéfinit et rend peut-être plus complexe le pilotage de la Supply Chain pour assurer le maintien de la sécurité d’approvisionnement sur le long terme, dans le cadre de la production d’un produit aussi atypique que le SNLE.

Tous ces éléments, criticité des métiers, discontinuité entre programmes, évolution de la sous-traitance montrent à quel point la maîtrise d’œuvre des SNLE impose de savoir associer, d’une part excellence scientifique et technique, d’autre part maîtrise collective et transverse plutôt qu’une simple juxtaposition d’expertises. Une responsabilité d’ensemble assumée par DCNS et qui distingue la France d’autres pays.

DCNS maître d’œuvre de 3 générations de SNLE

  • Démantèlement et déconstruction des SNLE de 1e génération
  • Maintien en condition opérationnelle et adaptation au missile M51 des SNLE de 2e génération en service
  • Avant-projet détaillé SNLE 3G

Une organisation originale

Le SNLE est un ensemble complexe dont l’efficacité est liée à la qualité de l’intégration des systèmes constitutifs du navire, à la gestion des interfaces techniques entre les grands systèmes et la mise en œuvre opérationnelle du système d’arme de dissuasion. Ces aspects techniques fondamentaux impliquent une maîtrise d’ouvrage forte, portée par l’Unité de Management Cœlacanthe (DGA) qui pilote les programmes de la composante océanique de la dissuasion, et une maîtrise d’œuvre industrielle reposant sur 4 chefs de file :

  • DCNS (maître d’œuvre et architecte d’ensemble),
  • Areva TA (chaufferie nucléaire),
  • Airbus Safran Launchers (missile stratégique),
  • CEA DAM (têtes nucléaires et simulation).

¹http://www.frstrategie.org/competences/defense-et-industries/doc/impact-economique-de-la-filiere-industrielle-composante-oceanique-de-la-dissuasion/

♦ Lire l’épisode 1, La clef de l’indépendance